2004
Lac Duhamel, Mont-Tremblant
(Laurentides, QC. Canada)
Photo de Louise Séguin
QUAND LE VERT des arbres tourne au jaune, à l'orangé ou au rouge vif, il n'y a plus de doute, l'automne est arrivé. Ce fascinant spectacle qui nous revient chaque année jouit d'une renommée internationale. Les touristes viennent parfois d'aussi loin que le Japon pour voir « nos couleurs » et ils ont bien raison. Le spectacle que nous offrent nos forêts de feuillus à l'automne est unique au monde !
Chaque année à l'automne, le Jardin botanique de Montréal, avec sa collection d'arbres de plus de 6,500 spécimens et ses nombreux arbustes aux colorations spectaculaires, offre un cadre parfait pour savourer les beautés automnales au cœur de la ville.
Le phénomène de la coloration
On a souvent dit que la coloration des feuilles à l'automne était liée au gel. En fait, si le gel peut faire varier l'intensité des couleurs, il n'est pas responsable de la coloration en tant que telle. Cette flambée de couleurs serait plutôt attribuable à la diminution de la longueur des jours (photopériode) qui se produit invariablement à la même période chaque année. Ainsi, à l'automne, en prévision de la chute des feuilles, l'arbre produit un tampon de liège à la jonction de la feuille et de la branche bloquant peu à peu les canaux transportant la nourriture jusqu'à la feuille. Grâce à ses réserves, la feuille survit malgré le manque de nourriture, mais lorsque les éléments essentiels ne sont plus disponibles pour régénérer la chlorophylle (pigments verts), celle-ci disparaît laissant sa place à des pigments jaunes (carotènes et xanthophylles) normalement masqués par le vert.
La chlorophylle
Chaque molécule de chlorophylle est une minuscule usine qui permet de capter l'énergie lumineuse du soleil et de la transformer en énergie chimique, c'est-à-dire en sucre. Cette réaction appelée photosynthèse, produit l'oxygène que l'on retrouve dans l'air que nous respirons. Les plantes vertes, les arbres et même les pissenlits sont donc des composantes essentielles au maintien de la vie animale et humaine.
Formule
chimique de la photosynthèse
Air + Eau + Soleil = O2 + Sucres
CO2 + H2O + S = O2 + C6H12O6 (sucres)
Métabolites primaires
Glucides – Protides - Lipides
Variations sur un même thème
Chez les érables, le tampon de liège n'empêche pas complètement la sève brute de pénétrer dans les feuilles. Il en résulte une accumulation forcée de sucre dans leurs tissus provoquant la formation de composés chimiques colorés (phénols et anthocyanes). Ces derniers, d'un rouge très prononcé, changeront de couleur selon l'acidité du milieu : rouge vif en sol acide et violet en sol alcalin. La formation de ce pigment est favorisée par les nuits fraîches suivis de jours ensoleillés. Le pourcentage de chlorophylle (pigments verts) diminue peu à peu, dévoilant les tons de jaune (carotène). C'est pourquoi on peut voir des feuilles d'érable se teinter simultanément de vert, de jaune et de rouge.
Pourquoi changer de couleur ?
Le changement de couleur soulève encore bien des questions dans la communauté scientifique. Est-ce que ce phénomène présente un réel avantage pour la plante ? Puisque l'arbre investit de l'énergie pour synthétiser les carotènes et anthocyanes, c'est que cela doit lui rapporter quelques bénéfices, sinon, ce serait du gaspillage ! La question demeure jusqu'à ce jour sans réponse précise.
Récupération des feuilles mortes
Les feuilles mortes peuvent être déchiquetées et étendues sur les pelouses et les plates-bandes. Leur décomposition enrichit le sol. En revanche, cette année, les conditions climatiques ont favorisé le développement de plusieurs maladies fongiques provoquant des taches sur les feuilles. Afin d'aider à réduire l'incidence de ces champignons l'an prochain, il est important de bien ramasser toutes les feuilles des arbres atteints et exceptionnellement s'en débarrasser comme un déchet. Mieux vaut ne pas mettre les feuilles malades dans les composteurs domestiques qui n'atteignent généralement pas une température suffisamment élevée pour détruire les spores du champignon.
Parution : Journal Métro(25 septembre 2006 page 8)
Recherche et rédaction : Michel Labrecque, conservateur / Marie-France Larochelle, préposée aux renseignements horticoles, au Jardin Botanique de Montréal